Tout peut tourner au cauchemar (PG-13)

L’été et ses jobs étudiants ! Le notre était plutôt enviable : nous passions l’été dans une superbe maison que nous retapions entièrement ou seulement quelques pièces. En échange, nous étions logés, nourris, blanchis. Si le travail était bien fait, les pourboires se faisaient plus que généreux. Depuis quatre ans, le rituel était le même. L’agence nous contactait et nous partions. De riches propriétaires nous laissaient la demeure, les peintures, le papier peint, les esquisses d’architecte et tout le matériel nécessaire. Les villas étaient souvent immenses et, aspect non négligeable, possédaient des trésors de bien-être allant de la piscine au cours de tennis. Cette année, l’agence nous avait particulièrement gâtés : Une demeure de 400 m² perdue dans la campagne à quarante kilomètres de toute forme de civilisation, un terrain de quatre hectares avec deux cours de tennis, deux piscines, une intérieure et une extérieure, une salle de sport complète, un sauna et un hammam, le tout en parfait état de fonctionnement, vu que nous ne nous occupions que de la décoration. Les soirées estivales s’annonçaient fort bien. De notre petit groupe, mon homme et moi-même étions souvent les premiers arrivés. Nous pouvions ainsi nous installer dans la chambre la plus potable et la plus excentrée. Les maisons étaient souvent entièrement meublées, fruits d’un héritage récent que les jeunes héritiers rafraichissaient avant de les revendre au prix fort. Cette demeure se composait de quatre étage, chacun pouvait être séparé en quatre logements, vu qu’il possédait tous une cuisine, une pièce qui aurait pu servir de salon / salle à manger et de quatre chambres disposant chacune d’une salle de bain et d’un dressing. Avec Maxence, nous nous sommes installés au dernier étage. La vue sur le parc était splendide. Le coucher de soleil serait magnifique vu d’ici. A peine les valises posées, nous avions sauté dans les maillots de bain, puis dans la piscine extérieure. Le mois de juillet ne faisait que commencer et pourtant, la température avoisinait déjà les 40 °C. Avec tout ça, je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Cassandre et j’ai 22 ans. Grace à des parents entrepreneurs, j’ai pu trouver ces petits jobs d’été. Ils m’ont tout appris. J’ai à mon tour initié mon homme et quelques amies, les inséparables, Maïdi et Mia, et mon amie d’enfance, Emma. C’est avec bonheur que nous replongeons tous les ans, les mains dans la peinture et la colle à papier peint. Les journées sont dures, mais les soirées inoubliables. Les filles firent enfin leur entrer dans la propriété alors que nous barbotions depuis une heure bonne. Maïdi gara sa Mini dans l’allée et elles se dirigèrent vers la piscine.

 

Mia : Vous auriez pu nous attendre quand même !

Emma : Pourquoi c’est toujours dans un quoi paumé où y a pas de réseau avant des kilomètres ?!

Maïdi : Elle va te répondre que c’est plus marrant comme ça, que c’est des vraies vacances !

Cassandre : Mais tout à fait !

Maxence : Vous avez pas finit de râler !

Mia : Méfie-toi Maxence, tu es en minorité !

Maxence : Je suis mort de peur !

 

Notre petite joute verbale fut interrompue par une camionnette de service qui remontait l’allée.

 

Emma : C’est qui ça ?

Cassandre : Pas la moindre idée. Ca a l’air d’une entreprise.

 

Un homme descendit de la voiture et vint à notre rencontre.

 

L’homme : Bonjour, Ernest Delatour, je m’occupe de la maintenance des piscines. Je suis là pour mettre en route le système de chauffage de la piscine couverte. Vous êtes les jeunes qui viennent s’occuper de la déco ?

Cassandre : Oui, c’est nous. Bonjour, Cassandre Dubois responsable du groupe !

Ernest : Ravie de vous rencontrer, on dit beaucoup de bien de vos parents dans le métier !

Cassandre, ironique : Il parait !

Ernest : Je vous trouve bien courageux de vouloir dormir dans cette maison !

Cassandre : Pourquoi ? Il y a un souci ?

Ernest : Non, juste des rumeurs…

Cassandre : Quel genre de rumeur ?

Ernest : Juste de la superstition locale. Je ne vais pas vous embêter avec ça et puis j’aimerais être partie avant la nuit.

Cassandre : Si vous le dîtes ! Vous savez où est la piscine ?

Ernest : Oui, ne vous dérangez pas pour moi.

 

Ernest nous quitta pour se diriger vers la piscine. Sa petite intervention avait jeté un froid, mais nous n’étions pas du genre à  nous laisser démonter de la sorte.

 

Maïdi : Il a pas l’air net, celui-là !

Cassandre : Tu sais les gens des petits villages ont du mal avec les étrangers. Enfin comme d’habitude, ils vont essayer de nous faire partir.

Maxence : On a l’habitude à force !

Emma : C’est clair ! Je sais pas vous, mais j’irais bien me changer et piquer une tête avec vous !

Mia : On te suit.

 

Les filles allèrent se changer et nous rejoignirent quelques minutes plus tard. Une fois Ernest parti, nous avions commencé à fouiner un peu partout pour voir le travail qui nous attendait et les éléments qui allaient nous permettre de faire la fête tous les soirs. Les propriétaires avaient pris soin de nous remplir frigos, congélateur et placard. Nous avions même eu la surprise de découvrir du vin du pays et de l’alcool. La première soirée se passa dans le calme. Nous avions déniché un barbecue dans l’un des garages et passé la soirée sur la terrasse face au soleil couchant, bercés par les doux effluves de viandes grillés et de vins, parlant de tout et de rien. Ce n’est que tard dans la nuit que nous avons regagnés nos chambres. Les filles avaient investies le premier étage pour s’isoler du couple, un peu trop bruyant que nous formions, selon leurs dires. Alors que je me changeais dans la salle de bain, une sensation étrange me parcourut le dos. Je n’aurais pu décrire cette sensation de malaise. J’ai mis ça sur le compte du vin et ait continué d’enfiler la nuisette et les jolies dessous que j’avais préparé pour l’occasion. Je ne vivais pas avec Maxence et nous ne vivions même pas dans la même ville. Ces deux mois d’été étaient toujours pour nous, un moment pour se retrouver et s’aimer vraiment, loin des week-ends en coup de vent entre deux TGV. Cette première nuit fut passionnée et torride, où le sommeil fut quasiment absent. Au matin, se lever fut un calvaire et l’ambiance qui régnait dans la cuisine du rez-de-chaussée nous fit vite redescendre sur terre. Les filles n’avaient pas l’air d’avoir passé une nuit aussi « paisible » que la notre.

 

Maxence : Quelle chaleur dans cette cuisine, limite on se croirait en plein mois de décembre !

Maïdi : C’est que votre nuit n’a pas du être aussi mouvementée que la notre ! Enfin si elle a du l’être, mais ça a été beaucoup plus drôle que nous.

Cassandre : Vous nous avez entendu du premier ?

Emma : On ne parlait pas de vous !

Cassandre : J’ai du rater un épisode.

Mia : On a entendu des bruits bizarres. J’ai d’abord cru que c’était mon imagination, jusqu’à ce que Maïdi vienne me demander si elle pouvait dormir avec moi.

Emma : Je les ai rejoint dix minutes plus tard. J’étais morte de peur.

Cassandre : Comment ça des bruits ?

Maïdi : Au début, j’ai cru que c’était l’ancienneté de la maison, vu que c’était des craquements.

Mia : Puis il y a eu des bruits de pas, comme une porte qui grince et…

 

Je me rappellerais toujours de leur sursaut d’effroi.

 

Emma : Ce cri… Celui d’une femme…

Cassandre : Un cri ? Vous êtes sures que c’est pas le vin qui vous ait monté à la tête ?

Mia : Je n’étais pas bourrée !

Emma : Une hallu collective, c’est rare !

Maïdi : Ce n’est pas tout…

Emma : Oui, il y a eu autre chose…

Mia : Non, je ne peux pas le dire…

Cassandre : Vous me fichez la trouille, là !

Maïdi : Il y avait comme une présence dans la pièce. C’est devenu glacial et toutes les fenêtres de la chambre se sont ouvertes brusquement !

Emma : Une bourrasque de vent a fait volé les rideaux, alors qu’il n’y avait pas de vent dehors ! Les arbres ne bougeaient pas…

Maxence : Faut arrêter de regarder des films d’horreur ! Les filles, ça n’a aucun sens, ce que vous raconter.

 

A cet instant précis, j’ai eu un flash. Le souvenir du malaise dans la salle de bain me revenait.

 

Cassandre : J’ai senti quelque chose aussi…

 

Maxence me dévisagea, étonné.

 

Cassandre : Dans la salle de bain, quand je me changeais… Avant de me coucher… J’ai senti quelque chose de froid me parcourir le dos, une sensation de malaise, comme s’il y avait quelque chose de mauvais dans la pièce.

Maïdi : Tu vois qu’on est pas folle, Maxence !

Maxence : Cassandre, pourquoi tu ne m’as rien dit ?

Cassandre : J’ai pensé que c’était le vin qui me jouait des tours.

Maxence : Les insinuations d’Ernest vous sont montées à la tête surtout !

Mia : Très bien ! Ce soir, on dort tous ensemble ! Vous devriez résister à vous jeter l’un sur l’autre au moins une nuit, non ?

Cassandre : Oui, on peut.

Maxence : Dans quel but ?

Mia : Si on a raison, on se casse. Si c’était le fruit de notre imagination, on reste.

Cassandre : On ne va pas céder au bout de deux jours. Si ça se trouve, c’est un mauvais tour des gens du village. Peu importe ce qui se passera ce soir, on ne partira pas sans se battre.

Emma : Ce n’est pas comme d’habitude, Cassandre. J’ai vraiment peur, là….

Maxence : Laissez-nous en juger, ce soir.

Mia : D’accord, mais je vous préviens si ça recommence, je pars demain matin. Qui m’aime me suive !

Cassandre : On verra demain matin. Si on se mettait au travail ? On a des meubles à bouger et certain sol à protéger.

Mia : J’ai vu que certain carrelage avait été changé. Quelles instructions, on a pour les autres pièces ?

Maxence : J’ai vu des rouleaux de moquette et de linoléum. Comme d’habitude, on est là que pour la décoration.

Emma : Allez, c’est parti ! On commence par le haut ?

Cassandre : Tout a fait, madame !

 

La journée se déroula sans heurs. En fin de journée, la sous-couche avait été passée dans toutes les pièces du quatrième étage qui le nécessitaient et les murs avait été nettoyé et les trous bouchés en vu de la pose du papier peint du lendemain pour les autres pièces. La soirée fut un peu plus tendue que la veille. Les événements de la nuit passée et la possibilité qu’ils puissent se reproduire, cette nuit, paralysaient les filles. Je n’étais pas très à l’aise, non plus. Il nous arrivait souvent d’être embêtés par les locaux, mais jamais à ce point. Emma avait raison, cela ne leur ressemblait pas. Cependant, ne croyant nullement à toutes ces histoires d’esprits, je n’excluais pas qu’avec le vin, les filles aient exagéré la situation. Quelque chose me taraudait : pourquoi ne s’en prendre qu’aux filles ? Nous étions, certes, deux étages plus haut, mais quitte à traumatiser les gens, pourquoi ne pas leur faire subir le même sort à tous ? Le fait que nous avions d’une manière ou l’autre laissé une lumière allumée n’expliquait pas les choses. J’attendais cette nuit à la fois impatiente et angoissée. Et si les filles disaient vrai ? C’est dans une ambiance tendue que nous avons déplacé un lit dans la pièce où avaient dormi les filles, la veille. L’angoisse était palpable. Je sentais même Maxence, inquiet, lui qui d’habitude était difficilement impressionnable. Par mesure de précautions, nous avons tout fermé à clé chaque porte, chaque fenêtre et bloqué les chatières. Nous avons éteint toutes les lumières et nous nous sommes glissés dans nos lits. Avec les fenêtres fermées, la chaleur était suffocante dans la propriété. Seule le bruit du ventilateur au plafond résonnait dans la pièce. C’est alors que j’entendis les craquements et Emma dire dans un souffle « Ca commence.. ». Les craquements s’intensifiaient comme s’ils se rapprochaient. Des bruits de pas se mirent à les accompagner. La porte ouverte de la chambre claqua et un hurlement raisonna dans la maison. Nous nous sommes tous redressés d’un coup. Les filles avaient raison. Quelque chose clochait dans la maison. Ce hurlement m’avait paralysé. Je m’étais collé contre Maxence espérant avoir rêvé cet horrible hurlement. Le ventilateur se stoppa. Maxence eut le réflexe d’allumer la lumière, mais rien ne se produit : l’électricité avait été coupée. Un froid glacial envahit alors la pièce et la fameuse présence dont avaient parlé les filles, se manifesta. Bien qu’invisible, elle semblait menaçante et  empli de colère. Les fenêtres, que nous avions pourtant pris le soin de verrouillées, s’ouvrir à la volée et une bourrasque de vent s’engouffra dans la pièce. C’est alors que mon regard se posa enfin sur le miroir au dessus de la cheminée. En lettre de sang à la lumière de la lune qui entrait dans la pièce, une phrase se dessinait sur le miroir : « Partez intrus où vous mourrez ! ». Autre chose me frappa dans ce miroir, mais dans l’obscurité, je ne pus réellement distinguer de quoi il en retournait. C’est alors que je vis une petite fille dans une chemise de nuit blanche des années 20 et un homme s’emparant d’elle dans l’angle opposé au miroir. Mon regard, ainsi que ceux de Maxence et des filles, se tourna vers ce coté de la pièce. Rien. Il n’y avait rien. Nos regards replongèrent dans le miroir et là également, plus rien. Les fenêtres se refermèrent toute seule, sans se briser et le ventilateur repris sa course folle au-dessus de nos têtes. Maxence alluma la lumière et brisa le silence.

 

Maxence : En tout cas, s’ils font tout ça pour nous faire fuir, c’est brillant ! J’y ai cru…

Cassandre : Vous avez vu la petite fille ?

 

Les filles acquiescèrent. Quelque chose me revint.

 

Cassandre : L’agence m’a précisé quelque chose auquel je n’ai pas fait attention.

Maxence : C’était quoi ?

Cassandre : Comme souvent, pour la maison de gardien, les futurs gardiens s’occuperont de la déco. L’agence m’a même formellement interdit d’y mettre les pieds, peu importe la raison. Je n’ai même pas la clé.

Maxence : Et ?

Cassandre : Les réponses à ce bazar se trouvent sûrement là-bas. La fille de l’agence semblait bizarre en me donnant le dossier. Je comprends mieux maintenant.  Ce qui m’inquiète, hormis tout ça, c’est qu’à la base, nous ne devions pas venir ici, mais l’équipe s’est désistée.

Mia : Moi, je dis, on ne devrait même pas chercher à comprendre. On devrait plier bagages et partir au plus vite.

Cassandre : Bien que je sois terrifiée, tout ça m’intrigue. Quelque chose me pousse à rester. J’ignore totalement pourquoi.

Maxence : Allons voir cette maison de gardien. On pourra toujours partir après.

 

Nous nous sommes rhabillés et avons filé vers la maison de gardien, allumant toutes les lumières possibles sur notre passage. Sans peine, nous avons réussi à rentrer dans la maison de gardien. Elle était toute petite comparée à la propriété. Elle se composa de quatre pièces : une cuisine, un salon / salle à manger et deux chambres. Rien ne nous parut suspect. Seule une porte dans la cuisine attira notre attention. Elle semblait donner sur une cave. Nous avons prudemment descendu l’escalier en colimaçon. Une odeur de renfermé nous prit à la gorge. La cave était remplie de cartons. De l’un d’eux dépassaient des coupures de presse. Je me suis saisie de l’une d’entre elle. Elle parlait d’une famille détruite par la folie. Le père avait tué ses trois filles et sa femme, avant de retourner le couteau contre lui. Sa femme avait tenté de sauver la vie de ses filles, arrivant même à le blesser, mais cela avait été vain. La coupure datait de 1925. Les autres coupures relataient les mêmes faits avec des familles différentes à intervalle régulier. La dernière coupure datait de 1997. Un dernier article expliquait qu’un héritier avait été retrouvé et qu’il comptait rénover la maison. Il datait de 2006.

 

Maxence : Comment cette coupure a atterri ici, alors que la maison est inhabitée depuis dix ans ?

Mia : On s’en fiche ! On met les voiles !

Cassandre : Je suis d’accord. On retourne chercher nos affaires et on part. Il y a quelque chose de vraiment pas nette dans cette maison !

 

Sans se faire prier, nous avons rejoint la maison et fait nos valises. Au moment de sortir de la maison, la porte d’entrée claqua et il nous fut impossible de sortir de la maison. Elle était verrouillée et la clé ne voulait rien entendre. Il en allait de même avec les autres portes. Les fenêtres aussi s’obstinaient à ne vouloir s’ouvrir. C’est alors que Maxence disparut. Il était avec moi quelques secondes avant et le temps que je pris pour me retourner, il n’était plus là.

 

Cassandre : Vous avez vu Maxence ?

Mia : Il était là à l’instant !

Cassandre : Maxence ??

Toutes en cœur : Maxence ???

 

Toutes les lumières se coupèrent.

 

Emma : Là, c’est définitif ! Je suis terrifiée.

Cassandre : On va finir par casser une fenêtre ! Maxence ?!!

 

Nous avons alors commencé à chercher Maxence dans l’obscurité. Nous étions pétrifiés. Chaque craquement était un calvaire pour les nerfs. Nous avions peur de ce que nous pouvions trouvés derrière chaque porte. En entrant dans la cuisine, nous le vîmes. Il nous tournait le dos.

 

Cassandre : Maxence ? Tu vas bien ?

 

Il se tourna vers nous. Il avait un couteau à la main, mais il ne semblait pas être lui-même. Il semblait comme posséder. Une immense haine semblait le submerger.

 

Cassandre : Maxence ! C’est moi, Cassandre, tu m’entends ?

 

Il ne parlait pas. Il se rapprochait de nous. Nous reculions à mesure qu’il avançait.

 

Cassandre : Maxence pose ce couteau ! Tu n’es pas toi-même ! Maxence !!

 

Mes derniers mots eurent l’effet inverse et il se rua sur nous. Nous nous sommes mises à courir à travers la maison. Maxence rattrapa Mia et la poignarda sans le moindre regret, comme s’il n’y avait plus rien d’humain en lui. Les filles montèrent dans les étages supérieurs, suivies de Maxence. Je me refusais à monter. Je ne voulais pas être piégée, mais je ne pouvais les laisser seules. J’ai attrapé un vase et je suis partie à leur suite. J’entendis Maïdi hurler et je compris toute de suite que nous n’étions plus que deux face à Maxence. Une sensation étrange s’emparait alors de mon corps. Je ne maîtrisais plus mes mouvements. J’étais dans mon corps, mais ce n’est pas moi qui le dirigeais. Une force surnaturelle me guida naturellement à Maxence. Le vase que j’avais dans les mains atterrit alors sur sa tête sauvant de justesse Emma. La force quitta mon corps. Je lui pris la main et nous dévalâmes les escaliers. Arrivées en bas, j’attrapais une chaise et la balança dans une des fenêtres qui vola en éclat. Je ne vis pas Maxence arriver dans mon dos et Emma n’eut pas le temps de me prévenir. Il m’attrapa à la gorge, m’empêchant de respirer. Je réussis quand même à parler à Emma.

 

Cassandre : Part, Emma !!

Emma : Non, pas sans toi !!

Cassandre : Emma !!

 

Emma, après quelques secondes d’hésitation, passa la fenêtre et se mit à courir. La puissance de Maxence était telle qu’il me soulevait de terre. Je n’arrivais pas à me dégager de son étreinte. C’est alors que la force revint à nouveau, comme pour m’aider à me battre, alors que je commençais à manquer d’oxygène. Maxence me reposa un instant à terre sentant que je faiblissais. Je profitai de cet instant pour lui donner un violent coup de pied dans le genou. La force me quitta à nouveau. Maxence, surpris, me lâcha et je le vis reprendre le couteau qu’il avait caché dans son pantalon. Je pris alors la fuite par la fenêtre. Il eut le temps de me couper au bras droit. Il sortit à ma suite me poursuivant à travers le jardin. Il me rattrapa et me plaqua au sol. Je me débattais tellement qu’il n’arrivait pas à toucher sa cible. Je réussis à lui faire mal à coup de pied et de poing et à m’extraire de son étreinte. Il avait lâché le couteau et je m’empressai de l’attraper. Je me retrouvais face à Maxence, l’homme de ma vie, et si je voulais survivre, je devais me servir de ce poignard.  Mon être et mon cœur s’y refusaient. C’est là que Maxence redevint Maxence pour quelques secondes.

 

Maxence : Cassandre, tue-moi…

Cassandre, en larmes : Non, Maxence…

Maxence : Fais-le ! Je veux que tu vives !! Si on suit le schéma, je vais mourir de toute façon…

 

Je me suis approchée de lui et je l’ai embrassé. La force, que j’avais finit par identifier comme la femme de celui qui possédait Maxence, s’empara de moi et eut le courage que je n’avais pas. Elle guida mon geste, qui fut vif et précis. Maxence s’écroula à terre et la force me quitta définitivement. Je restais quelque secondes à réaliser ce qui venait de se passer, découvrant le sang qui émanait de mon bras. Je finis enfin par sortir de ma stupeur et je me suis mise à courir, à courir, comme si plus rien ne comptait sauf trouver de l’aide et sortir de ce cauchemar. Ce ne fut qu’au petit matin que j’atteignis enfin une route départementale. Je m’écroulai sur le bord de la route et plus rien…

 

… : Mademoiselle ! Mademoiselle ! Vous m’entendez ?

Cassandre : …

… : Mademoiselle !

 

J’ouvris les yeux péniblement. Tout était blanc autour de moi. J’ignorais totalement où je me trouvais et je ne me rappelais de rien. C’était le trou noir entre l’instant où j’étais montée dans la voiture de Maxence pour nous diriger vers notre job d’été et maintenant.

 

Cassandre : Où suis-je ?

… : Vous êtes à l’hôpital de Tour. On vous a trouvé évanoui sur le bord d’une départementale.

Cassandre : Que s’est-il passé ?

L’infirmière : Nous l’ignorions, Mademoiselle. Nous espérions que vous vous rappeliez.

 

J’ai éclaté en sanglot. Impossible de me rappeler comment j’avais atterri sur cette départementale.

 

Cassandre : Où est Maxence ?

L’infirmière : Vous étiez seule, Mademoiselle.

Cassandre : Mais c’est impossible !

L’infirmière : Reposez-vous. Vous avez perdu beaucoup de sang.

 

Je vis alors mon bras. Un bandage était enroulé autour de celui-ci et une douleur lancinante l’envahissait. J’étais tellement épuisée que je me suis assoupie à nouveau. Une voix me tira de mon sommeil.

 

… : Cassandre ! Cassandre ! Calme-toi ! Réveille-toi !

 

Dans un sursaut, je me redressais. J’étais dans la voiture de Maxence. Je m’étais juste endormie. Mon premier réflexe fut de regarder mon bras. Il était intact. Je me mis alors à rire de soulagement sous le regard interrogateur de Maxence.

 

Maxence : J’aurais plutôt pensé que tu faisais un cauchemar. Tu as hurlé à un moment et je t’ai réveillé au moment où tu pleurais.

Cassandre : Tu veux bien sortir à la station service, là ?

Maxence : Pas de souci.

 

Il s’arrêta sur le parking de la station essence. Je ne pus m’empêcher de l’embrasser et de lui dire combien je l’aimais. Je lui ai raconté mon rêve. Nous avons alors appelé les filles et avons fait demi-tour. Peu importe que cela ne soit qu’un rêve, cette maison nous n’en voulions pas. L’agence ne voulut pas nous en redonner une autre, trouvant nos raisons absurdes. Ce fut le dernier été où l’agence nous contacta et nous sommes par la suite revenus à des jobs d’été beaucoup plus classique avec quinze jours de vacances dans un club peuplé de vacanciers.

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