Un angle de rue (PG-13)

La victime…

 

Encore une fois, je suis sortie du travail trop tard. Je n’ai même pas vu la nuit tomber. Je marche seule dans les rues de Winchester, direction le parking de Tower Street. Il n’y a plus grand monde à cette heure-ci. Le silence et la faible lueur des réverbères me glacent le sang.

 

Des pas se font entendre derrière moi. Rien d’affolant à première vue. Je tourne au coin de la rue. Le panneau m’annonce que le parking n’est plus très loin. Il est situé près du Great hall et d’un des nombreux musées militaires de la ville. Le bruit de pas me suit toujours. Je me retourne. Les pas appartiennent à un homme habillé de noir. Je n’arrive pas à distinguer ses traits dans l’ombre de la nuit. Je presse mon pas. Je sens qu’il presse le sien.

 

Je sors fébrilement les clés de ma voiture. Je me mets à courir. Il accélère également. Mon souffle se fait de plus en plus court. J’entre enfin dans le parking. Il est toujours sur mes talons. Je dévale les escaliers espérant le semer. Rien n’y fait. Il n’y a presque plus de voiture. Je me rapproche de la mienne. Il me suit toujours. Je presse la clé pour ouvrir ma voiture de loin. Elle refuse de s’ouvrir. Le bip salvateur se fait entendre. J’atteins ma voiture. Ma main se pose sur la poignée. J’ouvre la portière. Je vais pour m’installer.

 

Une main me saisit. J’hurle. L’homme me plaque contre la voiture. Je ne peux lutter contre sa force. Elle semble inhumaine. Ses traits sont si fins. Ses yeux me fascinent et me pétrifient. Je sens son souffle contre ma joue. Je devrais crier, me débattre et partir, mais je ne peux plus faire aucun mouvement. Pétrifié par la peur ou par la beauté de cet être, je ne sais pas. Ses lèvres se plaquent contre mon cou. Ses dents, anormalement pointues, transperce ma chair. Une douleur déchirante parcourt tout mon être.

 

Je sens la vie me quitter à mesure qu’il boit mon sang. Je divague. Les vampires n’existent pas. Pourtant, je suis bien là, au milieu du parking, entrain de mourir. Toute la chaleur s’évanouit. Il finit par me lâcher. Je glisse le long de ma voiture et tombe au sol. Je vois ses pas s’éloigner. Je ferme les yeux et n’entend plus que le bruit de ses pas. J’ai l’impression que d’autres pas se mêlent aux siens. Quelqu’un semble prendre ma main. Je perçois à peine les quelques mots que me dis cette personne.

 

_ Mademoiselle ! Mademoiselle ! Vous m’entendez ? Made…

 

Je n’ai pas entendu la fin de sa phrase. Je n’entends plus rien. Je crois que c’est fini.

 

 

Le vampire…

 

La nuit est mon jour. Là où tous se couchent, je me lève. J’ai faim. Il n’y a personne dans ses petites rues de Winchester. Je sens pourtant la chaleur et l’odeur de la vie non loin. Je me rapproche. Je tourne au coin d’une rue. Je la vois à quelque mètre. J’ai enfin trouvé mon petit déjeuner. Elle respire la peur.

 

Je la suis. Elle sent ma présence. Je sens son inquiétude grandir. J’aime être le chasseur. J’aime ce que ressent ma proie. Elle avance plus vite. Je fais de même. Je n’y suis pas obligé. Son odeur est mon repère. Je pourrais voler pour la rattraper. J’aime sentir cette peur qui irradie dans le sang de mes victimes. Le repas n’est que meilleur. Elle court. Continue comme ça ma belle. Cela ne changera rien à ton sort. J’aime aussi sentir cet espoir vain qu’ils vont s’en sortir.

 

Elle rentre dans un parking. J’adore les parkings. Le silence y est encore plus pesant. Les cris résonnent plus fort. Elle me mène à l’étage où est sa voiture. La fin du jeu est proche. Elle lutte avec l’ouverture automatisée. Elle ouvre la portière et se croit sauver. Je pose ma main sur son épaule. Elle hurle. J’aime ce cri. Je la plaque contre la voiture. Elle découvre mon visage. Elle ne peut plus bouger. Mon regard la fascine, tout autant qu’il la pétrifie. J’aime cet instant avant le repas.

 

Je laisse glisser mes lèvres jusqu’à son cou. Mes crocs se plantent enfin dans sa chair. Elle est tendre. Son sang est chaud et sucré. Elle est délicieuse. Je la sens perdue comme toutes les autres. Son corps se refroidit progressivement contre le mien. Reput, je la laisse glisser contre la voiture. Son être presque sans vie tombe sur le sol. Je m’éloigne. La nuit est à moi.

 

Le témoin…

 

Je fais le métier le plus ennuyeux du monde. Je suis le veilleur de nuit du parking Tower Street à Winchester. Les nuits sont longues. Il se ne passe pas grand-chose dans ce parking, la nuit. Je feuillète un magazine auto. Les écrans n’offrent qu’un parking quasiment vide. Je me perds dans la lecture d’un article sur des enjoliveurs. Je vois une jeune femme courir sur l’écran. Je n’y prête pas attention. Je vois ensuite l’homme. Il la plaque sur la voiture. Son hurlement se fait entendre jusque dans ma petite loge. Je comprends qu’elle est en danger.

 

J’attrape ma matraque. Je sors en courant de la pièce. Je dévale les escaliers de service quatre à quatre. J’arrive enfin à l’étage de l’incident. Je m’approche doucement. L’homme s’éloigne d’elle. Mon regard se porte sur la jeune femme. Il est trop tard. Elle git déjà à même le sol. Je relève les yeux sur l’inconnu. Il a disparut comme volatiliser. Je cours auprès de la jeune femme. Je lui prends la main.

 

_ Mademoiselle ! Mademoiselle ! Vous m’entendez ? Mademoiselle ? Mademoiselle ?

 

Je me penche sur elle. Elle ne respire plus. Son cœur ne bat plus. Je tente de la réanimer en vain. Abasourdi, je reste longtemps à ses côtés. Je finis par la quitter. Je remonte à mon poste de garde. Mes yeux ne quittent pas l’écran renvoyant la jeune femme. Je lance la procédure. Je reste ainsi à contempler ce spectacle désolant, comme anesthésié. Ma vie ne sera plus jamais la même…

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