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Quand je serais grande…

Dimanche, mai 24th, 2009

i/1 : Année 2011-salle de classe d’un lycee-interieur-jour :

Une TRENTAINE d’adolescents est assise et discute dans une salle de classe. L’architecture des lieux fait penser aux lycées des années 2000, mais les lieux, les bureaux et les chaises sont neufs. Les adolescents semblent avoir entre 15 et 17 ans. Le nombre de filles et de garçons est relativement égal. Ils portent pour la plupart des jeans. Leurs vêtements ne sont pas très différents des vêtements portés dans les années 2000. La porte de la salle de classe s’ouvre. Tous les regards se tournent vers celle-ci, surtout le regard d’une jeune FILLE, avec des petites lunettes rondes, des cheveux châtain foncés, des yeux noisettes, et portant un tee-shirt moulant écru, un jean blanc, et des talons hauts noirs. Le silence se fait petit à petit. Une FEMME, d’une quarantaine d’années, aux cheveux bruns parsemés de mèches grisonnantes, aux yeux marron et habillée d’un tailleur jaune pastel et de talons bas dans le même ton, entre et ferme la porte. Elle se dirige vers l’estrade, pose ses affaires sur le bureau, un sac à main et un attaché-case noirs, et revient au milieu de l’estrade. Son regard se pose sur la jeune fille qui semble impressionnée, mais à la fois très impatiente d’entendre cette femme parler.

LA FEMME : Bonjour, je vais commencer par me présenter brièvement. Mon nom est Elisabeth Merval. Je serai votre professeur d’histoire du cinéma pour cette année, votre année de seconde. Je suis devenue professeur en histoire du cinéma, après avoir obtenu un doctorat en Arts du spectacle. J’ai d’abord enseigné à l’université, et il y a deux ans, on m’a proposé de venir former les futurs étudiants du supérieur, vous donc, dans ce lycée. Je suis là pour ouvrir vos esprits au travers des différentes périodes, styles, des différents cinéastes ou encore acteurs. Maintenant que je me suis présentée,. je vais vous demander de prendre chacun à votre tour la parole, de vous présenter et de nous expliquer pourquoi vous avez choisi cette option, quels sont vos projets professionnels et comment ils vous sont venus. Qui veut commencer ?

La plupart des adolescentes fuit le regard de leur professeur. Timidement, une main se lève. Elle appartient à la jeune fille.

Elisabeth merval (En désignant la jeune fille du doigt) : Oui, mademoiselle, nous vous écoutons.

la jeune fille : Bonjour, je m’appelle Morgane. J’ai 15 ans. J’ai choisi ce cours car je souhaite développer ma culture cinématographique. Je suis une dévoreuse de cinéma. Je pense que je ne pourrais pas vivre sans le cinéma, sans aller au moins une fois par semaine voir un film. Pour mon projet professionnel, je souhaite devenir cinéaste. Ce désir me vient de mon enfance, quand ma mère m’a emmenée au cinéma pour voir E.T de Steven Spielberg. C’était à l’occasion du vingtième anniversaire de sa sortie. J’avais environ 6 ans. Je peux vous raconter cette première expérience cinématographique ?

Elisabeth Merval : Bien sur. Allez-y.

morgane : J’avais donc 6 ans. C’était la première fois que j’allais au cinéma…


II/1 : Année 2002-une file d’attente dans un cinema-interieur-jour :

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Je me souviendrai toujours de ce jour-là. Les premières émotions commencent dans la file d’attente. Elles vont de l’impatience à l’appréhension, en passant par la curiosité. Tout est nouveau, tout est à découvrir.

Une FEMME, d’une trentaine d’année, habillé de manière décontractée aux cheveux châtain foncés et aux yeux noisettes, et une petite FILLE, de cinq, six ans, habillée comme la femme, et lui ressemblant comme deux gouttes d’eau, attendent dans une file d’attente, dans un hall rempli d’affiches de films diverses et variées.

LA FILLE (Impatiente, tirant la bras de la femme) : Maman ! C’est quand qu’on va voir le film ?

LA MERE (Amusée) : Sois patiente, Morgane ! On arrive bientôt à la caisse pour prendre les places.

MORGANE (Boudeuse) : C’est long !…

Morgane et sa mère arrivent enfin à la caisse. La mère prend les places, les donne à sa fille et toutes les deux se dirigent vers une jeune femme brune, habillée aux couleurs du cinéma.

LA MERE (Expliquant à Morgane) : Donne les places à la jeune fille, elle va nous indiquer où est la salle.

MORGANE : D’accord.

Morgane tend les places à la jeune femme.

LA JEUNE FEMME (Avec un grand sourire en déchirant les coupons des  places) : Bonjour. Salle 1, rez-de-chaussée. (Donnant l’autre moitié des places à Morgane) Bonne séance !

Morgane et sa mère se dirigent donc vers la salle. Elles ouvrent une première porte noire, qui donne sur un grand couloir à la lumière tamisée et au sol rouge. Au bout, une autre porte identique s’y trouve. Elles se dirigent vers celle-ci, l’ouvrent et rentrent enfin dans la salle…

I/2 : Année 2002-une salle de cinema-interieur-jour :

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : L’entrée dans la salle est une émotion assez difficile à décrire. C’est un peu comme ci, on entrait dans un autre monde, une dimension parallèle. Bien sûr à 6ans, on ne peut pas mettre les mots sur cette émotion, mais c’est très intense. Cet endroit à la fois plein de lumière et à la fois plein d’ombres, rempli d’une certaine magie, les sièges rouges, c’est un ensemble assez éblouissant, impressionnant et envoûtant…

La salle est classique, mais grande avec un écran géant. Morgane et sa mère s’installent vers le milieu de la salle. Elles enlèvent leurs manteaux que la mère de Morgane met sous celle-ci pour qu’elle voit bien l’écran.

MORGANE (Impatiente) : C’est quand qui commence le film ?

LA MERE : Bientôt Morgane. Pour que ça passe plus vite, je vais t’expliquer comment ça se passe.

MORGANE : D’accord.

LA MERE : Avant le film, il y a des publicités…

MORGANE (Innocemment en coupant la parole à sa mère) : Comme à la télé ?

LA MERE : Un peu, oui, mais elles durent moins longtemps. Il y aussi ce qu’on appelle des bandes-annonces de films. Tu sais ce que c’est ?

MORGANE (Intriguée): Non, c’est quoi ?

LA MERE : Tu sais que beaucoup de films passent au cinéma pendant l’année ?

MORGANE (N’en perdant pas une miette) : Vi, maman.

LA MERE : Eh bien… Pour dire au gens qu’un film va bientôt passer, on prend plein de passages du film, on les mets tous ensemble et ça donne la bande annonce. Ensuite les cinémas la montrent aux gens. C’est comme une publicité mais pour un film. Tu comprends ?

MORGANE : Oui, maman. J’ai tout compris, et on va voir quoi comme bande annonce ? C’est bien comme ça qu’on dit ?

LA MERE : Oui, c’est bien comme ça qu’on dit, mais je ne sais ce qui va passer comme bande annonce, c’est différent presque à chaque fois.

MORGANE : Ah ! D’accord ! C’est une surprise, alors ?

LA MERE : Oui.

Soudain, la lumière commence à diminuer, mais pas complètement.

I/3 : Année 2002-une salle de cinema-interieur-jour :

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Au moment où la lumière s’est tamisée, tout mon corps a frissonné d’impatience et d’appréhension : mais qu’allait-il se passer ? Qu’allait-je voir ? C’est impressionnant, et la première image apparaît… Selon les cinémas, les publicités sont avant ou après les bandes annonces. Dans celui-ci, elles étaient avant.

La première image apparaît à l’écran : une publicité pour Les Produits Laitiers. Morgane semble, à la fois pétrifiée et intéressée. Puis les autres pubs passent.

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Pour un enfant, les publicités n’ont rien d’original, mais sur un écran géant, elles prennent une autre dimension : c’est différent, ce n’est plus tout à fait banal, les émotions ne sont pas les mêmes. Je ne saurai pas les décrire, même encore aujourd’hui. Cependant j’ignorais quelque chose de plus intense était à venir : les bandes annonces…

Face aux bandes annonces, Morgane semble émerveillée.


MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Les bandes annonces, c’est une émotion particulière. On découvre en trois, quatre séquences clés, sous une musique savamment choisie, l’ambiance potentielle d’un film. Quand c’est la première fois qu’on en voit une, on ne comprend pas vraiment, mais on est intriguée…

Les bandes annonces se finissent et la lumière se rallume quelques instants.

MORGANE (Surprise, à sa mère) : Pourquoi la lumière est revenue ?

LA MERE (Amusée) : Pour que le noir se fasse plus facilement, ma puce.

Morgane allait se mettre à parler, mais la lumière s’est éteint d’un coup et une image est de nouveau apparue à l’écran. Il s’agit du premier logo de production. Elle se tait mi-impatiente, mi-fascinée.

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Quand la lumière s’éteint et que le premier de logo de production apparaît, c’est indescriptible, on rentre et ceux  pour deux heures dans un autre état d’esprit, nous ne sommes plus dans la réalité, c’est autre chose, c’est fascinant, c’est envoûtant, c’est magique. Même si au final le film ne nous plaît pas toujours, les impressions au début du film restent les mêmes.

Selon les moments du film, Morgane rit, pleure, sourit, est choquée, amusée… Elle passe par une gamme d’émotions variées qui se lisent sur son visage.

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : Le film, en lui-même, reste un grand moment, que j’ai eu l’occasion de revivre plusieurs fois à travers d’autres films. Je ne vais pas vous en parler plus que ça. La façon dont on perçoit le film est une sensibilité propre à chacun. Le moment, le plus dur, est constitué par le générique de fin, car il annonce la fin de cet instant de rêve…

Morgane pleure quand Eliot dit au revoir à E.T. La fin du film est proche.

LA VOIX FRANCAISE D’E.T. (En fond sonore) : Je suis toujours là.

LA VOIX FRANCAISE D’ELIOT (En fond sonore) : Au revoir.

Les dernières notes du thème final d’E.T. retentissent. Le générique de fin commence, et les lumières se rallument peu à peu. Morgane reste toute pantoise devant l’écran. Elle ne peut en décoller ses yeux.

MORGANE (A 15 ans, en voix-off) : A l’instant, où le générique de fin commence, et que les lumières se rallument, c’est à la fois magique, mais aussi tellement cruel. On comprend que l’on est obligé de sortir du rêve, de revenir dans la réalité, c’est affreux ! On ne veut pas se lever, on reste à regarder le générique de fin pour prolonger l’instant au maximum.

Le générique de fin approche de sa fin.

LA MERE : On y va, ma puce ?

MORGANE :Non, on attend encore un peu, qu’il y ait plus rien sur l’écran, s’il te plaîîîîît !?

LA MERE : D’accord. Tu as aimé ?

MORGANE : Chut !

La mère de Morgane en reste ébahie. Les dernières lignes du générique passent et plus rien n’apparaît à l’écran. Toutes les deux se lèvent et commencent à remettre leurs manteaux.

MORGANE (En boutonnant son manteau) : C’était super, maman ! Dis, on y retournera pour voir un autre film?

LA MERE (Avec un grand sourire) : Oui.

Elles se dirigent vers la sortie.

MORGANE : Maman, je sais ce que je vais faire quand je serais grande.

LA MERE : Et que feras-tu ?

MORGANE : Quand je serais grande, je veux faire des films !

LA MERE (Amusée) : Oh ! Tu as bien le temps, ma puce, mais c’est un très bon choix.

Elles rigolent et la mère ouvre la porte pour sortir.

III/1 : Année 2011-salle de classe d’un lycee-interieur-jour :

Les autres élèves semblent émerveillés et amusés par ce que Morgane vient de raconter, son professeur également, mais de manière beaucoup moins prononcée.

MORGANE (Sous le charme, elle-aussi) : La première fois que l’on va au cinéma, tout est nouveau. On a une idée, mais c’est flou, alors quand on le vit, soit on aime et on vit tout, des pubs à la dernière seconde du générique de fin, intensément dès le début, ou alors on n’aime pas et cela ne procure rien. C’est la magie des salles obscures. Une première fois, et pas seulement la première fois qu’on va au cinéma, a beaucoup d’importance. Elle peut influencer toute une vie. Si ma mère ne m’avait pas emmenée au cinéma, je ne serais probablement pas dans ce cours, et je n’aurais peut-être jamais eu ce rêve, un peu fou, certes, mais tellement passionnant.

Elisabeth Merval (Souriante) : Merci, Morgane. Je crois que beaucoup se sont retrouvés dans ton histoire, et moi aussi, un peu d’une certaine façon.

Un claquement de main retentit dans fond de la classe. Tout le reste des élèves suivent. Morgane, émue, pleure de joie.

FIN


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